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DOSSIER
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Enrayer la chute des entreprises technologiques
- savoir changer de cap
Article paru dans « Les Echos » du 20 novembre
2002
Qu’elles soient grandes comme France Telecom, Vivendi,
Infogrames, moyennes comme Cryo ou petites comme les nombreuses
start-up créées au cours de la dernière
décennie, les entreprises du secteur des technologies,
médias, télécommunications (TMT) chutent.
La montée a été continue puis s’est
accélérée, jusqu’à cette
chute qui est loin d’être finie. Si le phénomène
est normal dans un secteur en crise, n’oublions pas
qu’il s’agit ici d’un secteur à fort
potentiel de croissance.
Tous les repères semblent oubliés car l’inquiétude
a pris le dessus. Que peuvent faire les dirigeants, les administrateurs
ou encore les investisseurs de ces entreprises pour enrayer
cette chute ?
Les indicateurs à surveiller sont toujours les mêmes
: suivi du chiffre d’affaires, suivi des charges, suivi
de la trésorerie, suivi des stocks, tenue des délais
annoncés, maîtrise de l’endettement, …
Ces indicateurs doivent être analysés précisément,
mais ils ne servent à rien si les dirigeants n’acceptent
pas de tirer les conséquences des résultats
de cette analyse. Il faut généralement agir
très vite, un trimestre perdu peut être fatal
à l’entreprise. Pour les technologiques le facteur
temps semble divisé.
Il est étonnant de se rendre compte à quel point
tous les acteurs sont lucides… après coup ! Le
syndrome de « ne pas voir le mur arriver » n’est
pas propre aux entreprises technologiques ; ce qui leur est
propre, c’est de négliger le court terme en se
concentrant trop sur le potentiel futur. Pour les sociétés
les plus récentes, le facteur passion qui anime les
créateurs n’est pas à négliger
pour comprendre cet aveuglement. La prise de risque est bien
sûr nécessaire, mais ce risque doit être
couvert : il ne s’agit pas de sauter sans parachute
mais de ne pas avoir peur de sauter avec.
Il existe des contre pouvoirs : conseil d’administration,
comité de direction, commissariat aux comptes…
Le législateur se penche aujourd’hui sur ce problème,
ce qui tendrait à prouver leur inefficacité.
Au delà de réformes souvent éloignées
des réalités, il est indispensable que les différents
partenaires puissent exercer leur pouvoir, remplir leurs obligations
et revendiquer leurs droits. Une législation contraignante
risquerait d’ankyloser encore plus les entreprises,
en obligeant chaque acteur à déployer un parapluie
autour de ses décisions afin de se couvrir. Alors qu’au
contraire, pour se développer, l’entreprise a
besoin d’entrepreneurs courageux qui agissent vite.
Le plus délicat restera de faire entrer dans les mœurs
que ces acteurs puissent déclencher de véritables
contrôles opérationnels, comme l’utilisation
des services d’équipes pluridisciplinaires et
indépendantes. Le rapport du comité Bouton propose
une solution à ce problème de gouvernement d’entreprise,
en recommandant l’élaboration d’un règlement
intérieur du conseil d’administration avec la
création de commissions ad hoc.
Voici quelques questions à poser pour s’assurer
que les contrôles classiques ne sont pas négligés
: les ambitions de développement sont-elles couvertes
par des ressources suffisantes ? la réduction brutale
d’un carnet de commande s’accompagne-t-elle de
flexibilité dans la production ? les marchés
potentiels ne sont-ils pas surestimés ? les partenaires
financiers sont-ils vraiment informés ? l’équipe
de direction est-elle compétente pour la phase nouvelle
que vit l’entreprise ? Sans oublier de vérifier
la réalité du couple produits/marchés
à savoir qu’il existe bien une demande à
laquelle l’entreprise peut répondre.
Certains problèmes de comptabilité sont connus
et doivent être suivis comme les opérations hors
bilan pouvant générer un risque avec les options
d’actions à cours garantis, les frais de R&D
immobilisés alors que les produits développés
n’ont plus de réalité économique,…
L’information des partenaires est indispensable mais
également celle du personnel. La valeur des entreprises
technologiques repose sur l’immatériel et donc
sur la qualité des personnes. Les meilleurs éléments
ne doivent pas s’enfuir dans les phases difficiles,
une bonne communication sur la stratégie aide bien
souvent à limiter les dégâts.
Enfin en situation difficile, la structure de l’entreprise
doit supporter le changement de cap, autrement dit permettre
souplesse et flexibilité stratégique. Il ne
s’agit pas de se doter d’organisations sophistiquées
ou de procédures ISO ou autres, mais plutôt d’être
pragmatique, proche du terrain et d’anticiper en prévoyant
les risques. Il est nécessaire d’adapter son
organisation et sa structure pour qu’elles supportent
un changement de cap lors de l’apparition de tel ou
tel risque, par exemple, faire appel à de la sous-traitance
pour la partie variable de la production afin d’amortir
l’impact d’une éventuelle baisse des commandes.
Si elle ne possède pas cette expérience du changement,
l’entreprise doit se faire accompagner. Le recours au
conseil peut toutefois ne pas être suffisant soit que
l’entreprise manque de ressources pour appliquer les
recommandations, soit qu’elle ne peut pas piloter les
actions définies, ou à cause des conflits internes.
Des équipes de direction de transitions, véritables
« pompiers spécialisés », peuvent
apporter une solution pour accompagner opérationnellement
le changement. Cette formule se répand outre-Atlantique.
Une équipe de direction sollicitée par les actionnaires
ou le conseil d’administration prend en main la phase
critique aux cotés de l’équipe déjà
en place ou, dans les cas extrêmes, en remplacement
de celle-ci.
Dans les cas limites portant au dépôt de bilan,
il est nécessaire de construire ce dernier afin d’espérer
une poursuite de l’activité après la mise
en redressement judiciaire. Il faut, par exemple, préparer
la vente de l’entreprise en identifiant les repreneurs,
structurer sa dette, signer des commandes avec des clients
fidèles car l’activité doit pouvoir générer
du chiffre d’affaires après sa mise en redressement
pour que la conclusion ne soit pas une simple mise en liquidation.
Dans le contexte actuel, les partenaires financiers et autres
doivent retrouver la confiance et être en mesure d’accompagner
les bons projets, de s’engager et de les supporter efficacement.
En conclusion, se structurer pour être flexible, accroître
sa réactivité, respecter des procédures
d’urgences identifiées et prévues pour
changer rapidement de cap, avoir une communication claire,
des acteurs impliqués et responsables, ne pas se mentir
et regarder en face les situations difficiles, ne pas hésiter
à faire appel à des pompiers spécialisés,
sont autant de remèdes simples mais souvent difficiles
à mettre en œuvre.
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Chute rapide et fréquente des
entreprises technologiques
Impossible de ne pas s’interroger face aux chutes
de plus en plus fréquentes et de plus en plus rapides
des entreprises dites technologiques. Il n’est pas une
semaine sans qu’une nouvelle entreprise, souvent phare
de son secteur, ne soit confrontée à une quelconque
difficulté, bientôt suivie par son dépôt
de bilan et parfois dans la foulée par la liquidation
pure et simple de ladite société.
Avec la crise traversée depuis l’effondrement
de la fameuse bulle, les explications ne manquent pas. Pour
certaines : jeunesse des entreprises associée à
des ressources insuffisantes en regard des efforts de développement
nécessaires, ou pour d’autres, chute du carnet
de commandes et retrait de partenaires financiers, ou bien
encore surestimation d’un marché potentiel qu’il
fallait créer …
Ce phénomène, pourtant habituel lorsqu’un
secteur est en période trouble, révèle
des caractéristiques propres au secteur des technologiques.
En effet, il s’agit, ne l’oublions pas, d’un
secteur à potentiel de croissance.
Est ce le sort réservé à la plupart de
ces entreprises ? Certaines stratégies permettent elles
de sortir, si ce n’est indemne, du moins vivant de cet
effondrement ?
La plupart des activités des entreprises technologiques
porte sur de l’immatériel. Il s’agit de
concepts, de brevets, de logiciels… La valeur de l’entreprise
repose principalement sur la qualité des individus
qui la composent. On reste souvent étonné de
la fuite rapide des meilleurs éléments. Trop
souvent les collaborateurs découvrent en même
temps que l’extérieur la véritable situation,
ils n’ont plus le désir de se battre pour une
direction qui n’a pas su partager et communiquer sa
stratégie. Parfois cela empire, s’ils découvrent
une image ternie à laquelle ils ne s’identifient
plus. Pourtant une bonne communication interne basée
sur une grande considération des salariés permettrait
de limiter les dégâts. Autre problème
de gestion des ressources humaines fréquent est l’adéquation
de l’équipe de départ avec la croissance
de l’entreprise, le besoin initial change et il risque
de s’avérer nécessaire de reconvertir
ou de se séparer d’une partie de l’équipe.
Il ne faut pas négliger, pour les sociétés
les plus récentes, le facteur passion qui porte les
créateurs et qui parfois les aveugle. Il y a alors
un refus de voir le mur arriver : on se concentre alors trop
sur le potentiel au risque d’oublier les échéances
à court terme. En effet, à des degrés
divers en fonction de la taille de l’entreprise, le
problème majeur reste l’acceptation de la phase
critique. Il s’agit non seulement de regarder en face
les problèmes mais surtout d’agir rapidement.
Pour cela, une solide expérience en gestion du changement
de cap de l’entreprise peut aider.
Les entreprises technologiques étant majoritairement
jeunes, les managers ont du coup rarement cette expérience
du changement, et pourtant elles sont justement sollicitées
en terme de souplesse et de flexibilité. L’appel
au conseil n’est pas toujours la réponse adaptée
car elles ne sauront pas ou n’auront pas les ressources
pour appliquer les recommandations émises par les consultants.
Elles peuvent recruter ou se faire accompagner par des spécialistes
plus opérationnels du changement.
En clair, il ne s’agit pas de se doter d’organisations
sophistiquées ou de procédures ISO ou autres,
mais plutôt d’être pragmatique, proche du
terrain et d’anticiper en prévoyant les risques.
Il est nécessaire d’adapter son organisation
et sa structure à cette gestion du changement de cap
en fonction de l’apparition de tel ou tel risque (comme
par exemple de faire appel à de la sous-traitance pour
la partie variable de la production).
Enfin, il est des situations d’entreprise si désespérées
que la poursuite d’activité n’est plus
qu’une fuite en avant, augmentant les pertes. Dans ces
cas, l’état de cessation de paiement et le dépôt
de bilan guettent. La continuité de l’activité
de l’entreprise doit se construire avant le dépôt
de bilan. La vente à un partenaire, la structuration
de la dette, la construction d’un plan avec quelques
commandes de clients fidèles permettent à certaines
entreprises de poursuivre et de ne pas disparaître après
la mise en redressement judiciaire.
Dans ces phases, même sous prétexte de sauver
l’entreprise, il est important de ne pas abandonner
les règles éthiques. Le remède serait
pire que le mal, en phase de tension, il ne fait aucun doute
que le non respect de certaines règles remonteront
très vite à la surface précipitant la
chute de l’entreprise ; l’histoire récente
des marchés boursiers est là pour le confirmer.
Ne pas oublier une règle indispensable qui reste le
respect du couple produits/marchés, en vérifiant
que l’on dispose bien d’une demande et que l’on
peut y répondre.
Apprendre à naviguer en eaux troubles, savoir réduire
rapidement la voilure si nécessaire, respecter des
procédures d’urgence déjà identifiées
et prévues ; ce sont là les challenges les plus
difficiles. Pourtant quand on sait la valeur des hommes dans
ces entreprises de l’immatériel, prendre rapidement
de telles décisions n’est pas évident,
mais c’est facilité grandement si une communication
claire depuis toujours existe.
Surtout ne pas se mentir, identifier et regarder en face les
situations difficiles.
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